viThèque, la vidéo indépendante en ligne
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UN EXEMPLE DE TROUSSE

Le temps vu à travers trois œuvres vidéo

Public visé

17 ans et plus

Objets

12 Hours

de Rachel Echenberg
Art vidéo (0 h 7 min 48 s)

World Trade Opera

d’Alain Pelletier
Art vidéo (0 h 29 min 30 s)

Les rois de la nuit

de Nicolas Rutigliano
Documentaire (0 h 38 min)

Disciplines

Cinéma
Vidéographie
Médias et communications (télévision)

Sujets

Temps et durée
Narration (narrativité)
Montage
Mouvements d’appareil, procédés de prise de vue (mécaniques et électroniques) et effets spéciaux (dans la reconfiguration du temps)

Techniques

Explorer les notions de temps et de temporalité
Expérimenter les différents procédés et effets spéciaux

Compétences et connaissances

Les concepts fondamentaux du cinéma et de la vidéo étudiés
Les connaissances dans le domaine des images en mouvement développées
La spécificité d’un médium comme la vidéo analysée
Possibilité d’analyse d’une œuvre sous tous ses aspects
La notion de temps et de temporalité approfondie
La problématique des genres développée dans l’art des images en mouvement
  

  • Présentation

le temps avance, coule et le fait même que l’on n’en parle que par métaphores montre que l’on n’a pas sur lui de domination,


non seulement pratique, bien entendu, mais instrumentale et conceptuelle.


C’est le thème kantien de l’inscrutabilité du temps.


Paul RICOEUR,

Temps et récit

Dans le domaine des images en mouvement, comme le cinéma et la vidéographie, le temps est une notion essentielle, incontournable. Capitale même puisque le temps est un paramètre spécifique des images en mouvement (pellicule, bande vidéo, etc.) et un enjeu dans son fonctionnement. Il est intrinsèque aux images animées : on pourrait même dire qu’il est organique tant il leur donne leur « essence ». Ainsi, le philosophe Gilles Deleuze, dans

L’image-temps

, vient à définir le plan comme une coupure dans le temps (et non dans l’espace, comme on avait coutume de le concevoir). Le temps est constitutif de l’espace; il a donc une fonction fondamentalement créatrice dans l'économie interne, l’architecture de l’œuvre cinématographique ou vidéographique. On pourrait dire que c’est lui qui dicte le montage, l’enchaînement des plans et la continuité narrative, lie l’image et le son, assure les échanges entre l’imaginaire et le réel. Il est le vecteur, le support des émotions que suscite l’œuvre. Quoiqu’il ne soit pas un procédé narratif, il a une fonction de ponctuation, démarquant les plans et les séquences, intervenant dans le rythme, le « conjuguant ». Il participe de l’esprit et de la lettre de l’œuvre, de son atmosphère et de son style. C’est le grand organisateur de ce qui est montré : il rend compte de la temporalité adoptée, que ce soit pour une fiction ou un documentaire, ou que ce soit pour une œuvre de type classique ou expérimental.
Dans les trois œuvres suivantes, nous proposons de définir et d’analyser certaines notions du temps dans l’organisation des images en mouvement : la durée, la datation, les techniques d’articulation temporelle (structure en polyphonie, simultanéité, complémentarité, dilatation, répétitions, connexions, etc.). Le professeur pourra, entre autres, mettre en valeur la vitesse, le rythme et le montage dans chacune des vidéos, établir des comparaisons (vitesse contre rapidité ou lenteur, durée réelle contre durée artificielle, fragmentation contre attention ou contemplation, etc.), souligner l’importance de la structure temporelle dans la composition d’une œuvre ou le temps comme producteur du présent et de mémoire. Il tentera de montrer comment le temps est visualisé, c’est-à-dire comment ce qui est enregistré (le réel) est montré, différé et manipulé.

  • Pistes d’analyse

12 Hours

de Rachel Echenberg
La vidéo de cette artiste multidisciplinaire porte sur une action spécifique : demeurer immobile au coin d’une rue par un matin froid pendant douze heures consécutives. Les gens s’agitent autour d’elle, des passants et des voitures défilent. Tout en explorant le rapport à la présence imperturbable d’une personne dans un lieu public comme la rue,

12 Hours

enregistre en accéléré cette action/non-action, suscitant, par la compression du temps, un rapport à la fois distant et empathique envers la performatrice qu’est Rachel Echenberg. Il met l’accent sur l’écoulement du temps en modifiant sa durée.

  • En quoi le procédé de prises de vue qu’est l’accéléré modifie-t-il notre perception du temps?
  • Quel rapport établissent l’immobilité de la personne et l’agitation autour d’elle (agitation provoquée par l’accéléré)? Un rapport de cassure ou d’enchaînement?
  • Comment l’accéléré, un procédé qui est presque toujours lié au mouvement et à la vitesse, et même souvent synonyme d’action, vient-il en contradiction avec l’immobilité volontaire de la personne?
  • En quoi l’accéléré illustre-t-il la fugacité de l’action et du temps?
  • Trouver des exemples de l’utilisation et de la signification de l’accéléré au cinéma (fiction et documentaire), en vidéo (comme dans les vidéo-clips) et même dans l’information télévisuelle (reportages).

               

World Trade Opera

d’Alain Pelletier
La vidéo d’Alain Pelletier ponctue, à intervalles irréguliers, mais implacablement, la chronologie en temps réel de processus planétaires : la production mondiale de déchets en tonnes, les kilomètres de forêts dévastées, la disparition d’espèces animales, les morts de famines et de maladies dans le monde, etc. Le décompte se fait sur l’écran. Les minutes passent… Pendant huit minutes et cinquante secondes. Trois cent soixante-quinze mille tonnes de dioxyde de carbone ont été rejetées dans l'atmosphère...

  • Décrire la perception du temps réel dans le défilement des images.
  • Comment le temps réel est-il ou peut-il être montré à l’écran?
  • Comment les raccords, les coupures et les effets numériques dessinent-ils une

    image

    du temps? Cela donnera-t-il une image indirecte ou directe du temps, claire ou saturée?
  • Comment imaginer le temps par le mouvement et le montage?
  • Quels affects provoque sur la vision du spectateur le déroulement en temps réel des catastrophes énoncées? Angoisse ou hallucination?

               

Les rois de la nuit

de Nicolas Rutigliano
Le temps de la nuit. L’instant d’une nuit renouvelée. D’une seule nuit. Le documentariste joue sur la simultanéité dans le déroulement des activités de trois travailleurs. La nuit modèle la perception des lieux et des bâtiments. Du temps s’extirpe d’une méditation sur les gestes, les machines, les mouvements nocturnes, les espaces intermédiaires, les moments célestes. Et si le temps était un refuge?

  • Décrire comment le temps est ici le sujet du récit.
  • Montrer comment le passage du temps de la nuit est marqué par le montage, les mouvements (comme le travelling), les procédés (comme le ralenti), le rapport son-image, la musique électro-acoustique, les cartons.
  • Montrer comment ces marques s’insèrent dans la diégèse en tant que signes intégrés à la nuit.
  • Comment s’articule le temps avec l’esthétique de la représentation adoptée par le cinéaste?
  • Comment sont articulés le temps de la narration et la durée de l’œuvre? Par ellipses ou par dilatation d’instants?
  • Comment le temps devient-il, dans la vidéo, une métaphore des actions, des événements et de l’état des choses?
  • Quels sentiments se dégagent ici de l’actualisation du temps? Lenteur dans la déambulation? Sérénité dans la contemplation du réel? Douceur dans l’observation? Authenticité des gestes et des gens?
  • Pistes pratiques
  • Préparer un scénario, un scénarimage ou un découpage technique d’une vidéo courte (moins de deux minutes)et d’une vidéo plus longue (d’au moins dix minutes) sur la même expérience personnelle du temps.
  • Réaliser ensuite la vidéo courte et la vidéo plus longue d’après le scénario ou le scénarimage.
  • Documentation suggérée

Bibliographie
AUMONT, Jacques.

L’image

, Paris, Nathan, 1990.  (Fac Cinéma). (Voir le chapitre sur l’image temporalisée.)
AUMONT, Jacques et Michel MARIE.

L’analyse des films

, Paris, Nathan, 1988.  (Fac Cinéma).
BELLOUR, Raymond. « La sculpture du temps »,

Cahiers du cinéma

, no 379, janvier 1986, p. 35-42.
DELEUZE, Gilles.

Cinéma 2.

L’image-temps,

Les Éditions de Minuit, Paris, 1985.  (Critique).
GAUDREAULT, André et François JOST.

Cinéma et récit II. Le récit cinématographique,

Paris, Nathan, 1990.  (Nathan-Université, série « Cinéma et image ». (Voir le chapitre « Temporalité narrative et cinéma ».)
POISSANT, Louise, sous la dir. de.

Esthétique des arts médiatiques,

Montréal, Presses de l’Université du Québec, 1995, I et II.  (Esthétique).
STIEGLER, Bernard.

La technique et le temps 

:

le temps du cinéma,

Galilée, Paris, 2001, III.
VIOLA, Bill.

Images jamais vues

, Saint-Gervais/Genève, Musée des beaux-arts de Lausanne, 1993.
WEINRICH, Harald.

Le temps

, Paris, Seuil, 1973.
http://aix1.uottawa.ca/~hknoerr/recit.doc (version html) (Sur les temps employés dans le récit filmique)
Filmographie
GODARD, Jean-Luc,

Histoire(s) du cinéma

, quatre DVD, Gaumont Video, 2007. (Huit vidéos sur le cinéma et le temps, entre autres, sur le temps du film, le temps de l’histoire, le temps de la mémoire. Monument élevé à l’art des images sonores et en mouvement. Anamnèse exprimée, entre autres, par des ralentis, des accélérés et des arrêts sur image. Une somme.)
Vidéos complémentaires dans viThèque
(sur le temps comme sujet ou comme matière des images en mouvement)

Au commencement


En deçà du réel


Ephemeris


Fenêtre


Granny’s Is


Juste le temps


Le temps passe


Un jour une nuit


En route… me souviens…